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lundi 20 août 2012

the ghost town


Un pas au dehors, et une bouffée de chaleur, suffocante, s’infiltre dans le dedans de vos poumons. Il fait chaud, de cette chaleur supplémentaire qu’on voudrait piquante, comme prendre une douche brûlante quand il faut déjà chaud, comme un lourd édredon qu’on rajoute sur sa couverture de laine l’hiver. Ne serait ce que pour sentir le poids de la lourdeur. La chaleur tape directement sur votre peau, dessine le contour de votre corps, le découpe de l’air ambiant, vous détache du décor. Pas âme qui vive dans Paris, les perspectives sont exacerbées par le vide régnant, le vent s'engouffre dans les artères emportant avec lui quelques détritus encore présents sur le sol, et la poussière. Si bien qu'au croisement il ne serait pas choquant de voir surgir  une pelote de paille roulant, poussée par le vent. Moi marchant au milieu de l'avenue (du Général de Gaule), sac en main, comme un cow-boy prêt à dégainer son pistolet.



Le métro, je suis seule dedans avec deux bonnes sœurs de dos, et un asiatique qui tient fermement sa valise. Il n’y a personne mais j’ai peur qu’on me la pique, ces parisiens ! On entend parler anglais allemand, espagnol, suédois dans les dédalles. Un groupe, vraisemblablement des provinciaux tout puceau de paris qu’ils sont, se déplaçant en bande, perdus sur le quai de la 7 : direction Villejuif-Louis Aragon. La patronne, madone à l’embonpoint certain, interpelle le quidam sur le quai d’en face de sa gutturale voix : la 6 passe par ici ? Il y avait 7 écrit juste au dessus de sa tête.

La salle, derrière un bout de soleil, petit enclave dans la chaleur, portes ouvertes : anormalement vide, anormalement propre, même les traces de brosses comme un tableau mal effacé étaient visibles sur les tapis. On pouvait passer sa main sur les containers à pof, il n’y avait que le swing de la musique ambiante pour s’infiltrer dans vos oreilles, tel s’éveillant le bébé endormie, un cueille le jour dans votre main.

vendredi 11 novembre 2011

Effets psilocybiniens

Des envies de fouillis, de bric et de broc, de bazar inachevé, de frénésie déchaînée: le grand désordre du monde et toute sa vacuité. Oui, une caverne d’Ali baba , un bon bordel délirant, coloré et sulfuré, ce dont j'avais besoin, depuis longtemps.


- Je me suis rendue au Marché Saint-Pierre, temple du tissu et de la couturière. Étoffes diverses et variés, tulles, jutes, soies, damassés et toile de Joui. D'un regard tactile sur tous ces rouleaux à l'entrée, et me voilà projetée dans l'univers barriolé de Dreyfus Déballage du Marché Saint-Pierre. Vendeurs au garde à vous, maître de mesure au allure de baguette à polissonner, calepin et ciseaux à la main. Sévère même dans la coupure de leur tissu. Des lettres d'imprimerie bleues ciel sur le murs sont présentes, comme les rappels d'une maîtresse à ses écoliers indisciplinés: "nous ne donnons pas d'échantillons","Prier de laisser du tissu en quantité suffisante pour confectionner une robe". Et cependant, malgré ce cadre très ordonné, se dresse le grand déballage, rouleau après rouleau, se présente éparpillé, comme une garde robe que l'on viendrait de faire tomber: un véritable univers boltanskien! Parquet de bois, liftier (le dernier!), un intérieur rétro qui procure un ardant désir de s'acheter des rideaux de soie feutrée (j'ai failli en acheté), un méli mélo qui donne envie de bain de tissus, de sentir sous sa main les étoffes, comme le sac de graines du marché dans lequel on ne peut s'empêcher de glisser la main.


- J'ai fini par arriver à sa Halle, s'y exposait Hey! Modern Art & Pop Culture. Cocktail Molotov de darkness joviale et décomplexée, de l'enfer boschien au cabinet de curiosité. Etranger que cette ensemble si noir d’apparence laisse émaner un si profond sentiment de gaîté et de vie. La satisfaction d'avoir dompter ces phobies ou simplement d'avoir réussi à jouer avec la noirceur du monde? On pouvait y voir cette charmante collection de figurines en porcelaine victoria (étrange est la ressemblance avec celle de ma grand-mère écossaise!), habillées pour aller au bal.  Ou encore, les Reliquaires et autres bocaux de Murielle Belin qui recommande de les suspendre pour égayer votre appartement si le soleil s'avérait trop aveuglant, ou, de les poser sur la cheminée du salon, la couleur orangée des flammes en soulignera davantage les solutions entachées. A moins que vous ne préfériez les posters tragédies-de-la-vie-en-couple si chers à Véronique Dorey? Une part de gâteau peut-être? Attention, c'est bien eux qui pourraient vous dévorer! Une obsession du corps sadisé, surérotisé, transformé en bête ou en comestible, d'une agressivité punk aux traits d'une ironie fracassante, boudinée par des détails de ciseleur, un ensemble d'artiste qui n'a pas peur de se dévoiler, de montrer à tout va la totalité de ses tics et de ses tocs. Dommage que le maître en la matière en ait été absent! 


- Pour couronner le tout, une pièce de théâtre au théâtre national de Chaillot, la plus désinvolte qu'il n'y est jamais eu: "Au moins j'aurai laissé un beau cadavre" de Vincent Macaigne, adaptation déjantée et profondément moderne du Hamlet de Shakespeare. 

Oeuvre bouillonnante, qui n'en finit pas de crépiter comme une bougie d'anniversaire magique, un feu d'artifice qui ne s'arrêterait jamais, une sorte d'entité vivante en pleine division cellulaire incontrôlée: une tumeur maligne. On en sort l'esprit ravagé! C'est une pièce qui a la spécificité d'allier performance et théâtre, où l'action ne se limite pas à la scène mais intègre l'ensemble du bâtiment "le théâtre" (les acteurs jouent partout, à travers les rangées, derrière nous, au dessus, au dessous, dans les coulisses on les entend, même pendant l'entracte sous le regard illuminé de la Tour Eiffel on les surprend!), où l'improvisation n'est jamais loin (engueulade avec la régi son en pleine tirade), où le spectateur est un acteur à part entière qui joue (petite danse à l'arrivée, morceaux d'ananas distribués, des sacs à main troqués), subit (projectile d'hémoglobine, eau boueuse et serpentins. Heureusement qu'une bâche en plastique a été fournie au premier rang!), est pris perpétuellement à partie. Champ de bataille de corps et d'idées, où l’on vomit et ravale et digère le temps et les choses. « Hamlet, faut que ça saigne »!

Il faut toutefois préciser cette petite particularité: une entracte "Ti amo" lancé en boucle, résonnant  jusqu'au fond des toilettes, et si magistralement accordée au scintillement de la tour Eiffel trônant face à la baie vitrée du hall d'entrée. Comment ne pas y voir le summum du kitsch, un générique de Walt Disney ou d'un de ces vieux films à la guimauve, un cliché pour touriste? Non, c'est un exprès, un baume au coeur après cette première partie où les acteurs n'arrêtent pas de crier, de gueuler, de s'engueuler, de parjurer, de cracher sur l'homme et son humanité, un exprès qui vous emplie d'un profond sentiment de gaîté, d'un élan de compassion envers vos paires, pour prendre conscience, pour vous dire que malgré tout, l'altruisme ça existe bel et bien, parfois oui, du moins le temps d'aller vider sa vessie.



vendredi 9 septembre 2011

" Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie"

Je voudrais parler de Bonn en terme de locales et autres parades. Je ne sais s'il s'agit d'une spécialité endémique ou si c'est moi, flanquée d'un nouvel instinct ésotérique, qui me met à voir la chose de façon systématique? Nul ne sera. Mais en tout cas, je n'ai vu ça qu'à Bonn.


le piano-machines à laver
- Il faut citer en premier lieu, le piano bar machine à laver appelé également "Innovation Point der Kultur Waschsalon", déjà développé ici
le bar














flores locales
- Le café étudiant ambiancé piscine, dit "Café Blau", construit à l'emplacement d'une piscine asséchée. On y trouve encore des baigneurs  figés dans l'exercice de leur action, le bleu typique fond de bassins, le relatif bien qu'encore intarissable parfum de chlore (qui se marie très bien avec la Kölsch locale) et en sus, un dancefloor pétanqué de toute beauté (pour le fou-fou de la danse tardive et déchaînée).

les baigneurs 





- L'opticien marchand de thé "Optic Röhrig", où des thés exotiques en vrac font face à de prosaïques lunettes mis en exergue sur livres papier-carton mal assemblés et tellement  grossiers dans leur habillage. Le vendreur, en position d'arbitre, se tient au milieu en mode pisse-froid m'as-tu-vu, pas loquasse pour deux sous, vieux bougre!

- Les cabines téléphoniques font parfois armoire à livres, reconversion tardive pour un service en pleine désuétude." Öffentlicher Buchschrank", un concept de prêt de livre gratuit et autonome pour personne responsable et civilisé, pas pour les français donc, cela va de soi.




- Son cinéma "Rex" théâtre cabaret ambiance disco année 90 et son rideau! (ce dernier est une caractéristique toute  propre aux salles de cinéma allemandes, ce fameux rideau qui se ferme après les bandes-annonces pour se rouvrir au moment du film, un  art en soi!).






Il faut ajouter à cela un ensemble hétéroclite de choses, associées à l'environnement de manière totalement saugrenue, comme autant d'éléments brisés et éparpilles dont on aurait voulu se débarrasser,pour ne plus jamais pouvoir les associer. Parfois trash, une structure logique confinant avec l'absurde.

= Crapauds en ballade
- Hier, j'ai couru avec des crapauds à travers un champs de laitues.





- Dimanche, deux têtes avaient roulé à la sortie de l'église. Personne ne semble s'en préoccuper. Pourtant, je pensais qu'il n'y avait que la France pour décapiter.






chien-fontaine
- Aujourd'hui, je me suis désaltérée à la fontaine. Ma surprise a été d'y trouver un chien. Le pauvre, il l'avait sur le dos profondément incrustée. J'ai bien essayé de le caresser (sait on jamais, si on lui avait jeter un sort?) Et j'ai attendu le prince charmant, hélas encore absent.










- Dans un prochain avenir, j'envisageais, pourquoi pas, de m'installer ici. J'ai flâné devant les vitrines de quelques agences avant de tomber sur celle-ci: des araignées mutantes disproportionnées me proposaient de me rédiger mon contrat . Pour le coup, j'ai filé et plus vite qu'elles!








Ville de guedin de ouf!!

dimanche 7 août 2011

Kölsch @Cologne

Dilecte: le Kölsch. Bière: la Kölsch. Ici, on parle la seule langue au monde que se boit aussi.


Dom
Comment dire globalement, Köln est une ville foisonnante, oui c'est bien ça, foisonnante. Les rues sont pleines, toujours, en tout lieu, à chaque instant. Une vraie fourmilière qui grouille, un tourbillon de corps qui se meuvent, un ensemble aléatoire de comportements déterminés, jungle urbaine bruyante, étouffante et sclérosée  impossible de ne pas avancer.


Il y a son Dom d'une immensité imposante. Effrayant que de marcher en sa direction tête levée pour toujours fixer son sommet, l'impression qu'il se rapproche consciemment de votre personne, l'image d'un père surpuissant, divinité réprimante: comme appé, vous sentez l'attrait d'une peur vertigineuse. Enfin dominé, vous ne pouvez que baisser la tête tout en sachant que vous étes en sécurité, là, sous l'aile de ce colosse tout de noir strillé.


Après la fabrique à pain de Bonn, le cinéma commode de Köln: le Filmpalette. Trois petites salles sur rue qui s'ouvrent à l'heure et en temps voulu. On y entre, la case est choisie, puis se referme, vous êtes dans le bon tiroir. Plafond étoilé, rideau damassé, une impression de boîte à musique raffinée. Une dizaine de siège peut-être?


Les demoiselles parmi les éponges

Des store concepts, beaucoup, éclectiques, à tout égards, il n'y a que ça. De apropos petit village bobo, en passant par le Grüne Erde Wohnwelt bois-affiné-non-laqué-pour-une-nature-respectée, au Globetrotter du pratique sportif hightech. Arrétons nous sur ce dernier. Magasin de sport sportif construit autour d'une piscine, où après s'être initié aux techniques du pagayage, avoir effectué un baptême de plongée sous le regard d'une clientèle scrutatrive, entrepris une petite session de bloc dans un pont transparent visible par le moindre quidam de la rue juste en dessous passant, sans manquer d'effectué l'analyse comparée de deux trois tentes avec matelas pour variable d'entrée, il est possible d'observer de ravissantes demoiselles nommées méduses, se dandiner parmi des éponges roses, au 2ième rayon sportswear femme.




La boulangerie Baklhausen de la rue Apostolenstr. avec son Fladen Stuten aux allures de Banh Bao, à la texture sconesenière et au bon goût de brioche. *sabber und lechz* Toutes sortes de pain avec plus ou moins de graines et de schroten y sont présents. Des Hefen toujours, parfois des bouts de carottes, de noix, de maïs ou de lentilles quand ce n'est pas la macédoine entière qui garnie sa mie. Il n'est pas impossible de croiser, au détour d'une miche, des tranches de pommes de terres enfouies en son sein.  Des pâtes à pain à la compotes de pommes et au sirop de betteraves sont camouflées parmi la multitude des boules présentées dans la vitrine, à vous de les trouver!


Le Rhin, son Rhin, avec ses bouts de mur pliants - contre immersion des berges en cas de crues prononcées - cachés dans les entrailles des ponts le chevauchant! Et son vieux ports, trois frontons de pendaisons, reconverti en habitations pour populations très très très huppées.


un phare breton en
plein Heliostraße!


Son quartier Ehrenfeds, et sa  Heliosstraße. Ici, se tient un phare au beau milieu de la rue. Quand je disais que la contrée avait des airs de Bretagne sinistrée! (C'est simple, ici, est à Rhein ce qu'est à Breizh en Bretagne) Sinistré oui, un ensemble d'entrepôts désaffectés carreaux cassés.




les pendus
On y fait pendre de choses, comme un nounours, même un nounours dans tout sa naïveté n'arrive pas à trouver un petit peu de gaîté dans ce quartier. Gris. Des chaussures suspendus à un bout de ficelle, un comme chez soi réduit à néant. Et pourtant, des artistes se sont emparés de cette douleur et l'ont détournée pour redonner de la valeur à ce quartier, un bout de celle qui appartient au passé !




Quelle créativité a t elle su leur procurer! Quelle florilège de couleur se dessine sur les murs frités! Quelle transformation que ces peintures ont su donner à ce quartier abandonné!


Little Lucy et son chat
Qu'il est plaisant de se promener et de dénicher sur la surface palimpsestique d'un mur le petit clin d'oeil d'un de ces artistes nocturne! J'ai enfin trouvé Little Lucy et son chat, El Bocho est donc passé par là!


Son Kunstbar, bar conceptuel et innovant, dont l'habillage mais pas uniquement change tous les ans. Un artiste, invité, se charge alors de le redesigner, couleur, peinture, son, lumière, ameublement, tout y passe même les cocktails rivalisent de conceptualité. Caché entre la gare, le Dom et son cagibi, presque au niveau des catacombes, il sera être votre traversée du miroir la durée d'une soirée. Bariolé, un petit îlot coloré au milieu de ces masses grisonnantes qui dominent la ville.


die Kunstbar
Il ne faudra pas oublier de se procurer un petit échantillon d'Eau de Cologne, eau de ce parfumeur italien, Jean Marie Farina, venu s'installer à Cologne et qui honora de son nom sa trouvaille olfactive. Mais pourquoi en Français? Parce qu'il se trouve qu'à l'époque, le français était la langue préférée des hautes sphères de la société. (et on se fait un peu mousser au passage)

lundi 1 août 2011

Aus Liebe zum Apfel @Frankfurt am Main

Il ne faut jamais laisser d'a priori s'installer dans votre esprit. Non jamais. Je n'aurais jamais autant sali le nom d'une ville, je n'aurais jamais autant terni son image, je n'aurais jamais autant banni son habillage habitable. Et j'ai eu tort. Tellement tort. Milles et une raisons m'ont fait changé d'avis, un ensemble de petites curiosités ont ébranlé bien des faits établis. Je suis venue et j'en suis repartie, ébaubie.


La gare, puisque lieu commun de tout voyage, de toute transition d'une ville à l'autre. J'en sors étourdie par le brouhaha incessant des voyageurs et le cri exténué des railles se plaignant de l'arrivée trop brutal des trains. Des colosses de verre s'imposent dans le décor, cachés timidement derrière de petites façades proprettes, à l'ancienneté restaurée, comme pour essayer tant bien que mal de se faire discret. Le décalage est trop vif, une immense tristesse s'en émane, pris de pitié pour ces géants de verre,  l'image devient insupportable et la vision insoutenable. Vite, nous nous enfuyons alors vers ce quartier patelin provinciale, au abord de la ville, au milieu de champs, de jardinets et au chevet de la forêt pour effacer le flux ardent de sentiment qui nous a accueilli à la sortie. Pas des moins ordinaire d'ailleurs que cette étendue de verdure, il s'agit du quartier Oberräder, berceau de la fameuse Grüne Sauce.



Mainhattan


Une vision enchanteresque se présente alors devant moi: le skyline éclairée de Mainhattan dans le noir effrayé. D'une remarquable beauté au sein de ce clair obscure, parachuté sur la ligne d'horizon des champs de Kräuter, saupoudrant de leur éclat les herbes avec fierté. Ici plus de timidité, ils sont là, assumant toute leur modernité.





Longeant le Main le lendemain, Mainhattan se fait plus près de nous à chaque pas effectué. Docilement, nous apprivoisons cette image, la détresse timorée de ces buildings petit à petit semble s'effacer (ce qu'hier nous n'avions supporté tant l'affliction se lisant sur leur visage). Sur les berges, les animaux sont dotés de nombreuses bizarreries: les canards, à l'image des buildings, sont géants (un double canard fera l'affaire dans votre imagination), sont brouteurs (tête vers le bas, ils cueillent la pointe de l'herbe fraîche à coup cadencé de becs). Les chiens sont assis bien droit, se la joue en mode humain (assis dans la voiture à la place du copilote, on distinguerait presque une carte sur leurs genoux). Les oies, trop blanches, aboient (il faut entendre un son proche de celui d'un chien tirant vers un bellement de mouton). Et les poules d'eau, qui ne vont jamais dans l'eau,  sont couchées en chien de fusil le long du rivage, elles contemplent les nuances vaseuses, esquisses abstraites de la figure anthropique à la surface de l'eau.


L'arrivée dans le centre a  lieu en fanfare: des chars défilent pour la diversité des causes, l'acceptabilité des opinions, la reconnaissance de droits négligés. "Einigkeit und Recht auf der Gleichstellung. Artikel 3" prône les chars à l’unisson. Un mélange de Love Parade et de Gaypride, les genres partent dans tous les sens, quand ce n'est pas dans du non-sens: un gros fourre-tout sur fond de house, le paradis des sexes indéterminés. On distribue des autocollants, on vous en colle de temps en temps, mais sur l'épaule droite uniquement. Un univers freaks, coloré, asexué.


Spécificités qui font les merveilles d'une ville, petits trésors cachés dans le coeur endolorie foisonnant d'activités entremêlées. On citera les glaces das Eis (das heisst?) doux parfums bioéquitables non sucrées, son marché couvert bariolé, exotique aux couleurs de la méditérannée, hétéroclites dans ses formes, affinés dans ces goûts, un ravissement esthétiques des sens, de la saveur à perte de vue. Imori pâtisserie franco-japonais et son intérieur maison de poupée, son harpe géante et son piano s'autojouant, ses gateaux riquiquis et ses boîtes de thé Kusmi alignées sur l'étagère de l'entrée. Quand on entre ici, on a la curieuse sensation de rétrécir, de rentrer dans le monde des chapardeurs et que ce soit toujours l'heure du thé.



MyZeil

La caractéristique principale de cette ville tient à son architecture diversifiée, car de la reine de ville allemande il s'agit. MyZeil aux courbes arrondies et meutries, centre commercial percé, traversé par un bout de ciel culotte de gendarme ou oeil attristé de cyclope. Il aspire la lumière du soleil, à trop le regard il peut vous aveugler.

Du vieux retravaillé dans du nouveau construit, des fouilles gallo-romains au coeur des building de verres: nonchalamment des enfants jouent en dedans, plus le moindre respect pour ces vielles choses qui ont bien du mal à subsister. Mais à quoi bon regarder le passé? Cela servira juste à accentuer l'affliction de nos colosses timorés, à rien d'autre.



Tour Henniger



Alors que la tour Henninger, asymétrie aux allures de verre pour bébé, transition du biberon au gobelet, se fait entendre au loin quand on lève les yeux vers le ciel, le Museum der Modernen Kunst triangulaire joue de nous, nous tournons en bourrique dans les entrailles de son cheminement interne.









Karl (Charly) Heil
Le quartier Sachsenhausen est le plus incongru de tous, attention une mesquine dame, cachée au coin d'une rue (je ne vous dis pas laquelle, haha), vous crachera dessus au passage. Sur le dallage, on marchera sur des pommes en hommage à la spécialité que l'on fabrique ici: un cidre muté, de l'Apfelwein ou Appelwoi comme on dit localement, du cidre alcoolisé au goût amer-doux. Petites huttes de bois, un village gentillet qui fait doucement penser à celui d'Asterix.


Les passages obligés ou devenus obligés sont aussi de la partie: Se prendre en photo sur le podium ICH (rien que pour l'ego), l'inconditionnel coup de balançoire postprandial (la Grüne Sauce a failli resurgir), la visite au vergé des érables (les feuilles!), et l'incontournable promenade au Alte Friedhof (au lieu de réflexion sur le sens métaphysique de mon futur trépas).



Puis des côtés français grossièrement prononcés ont pointé leur nez: du bistrot Maaschanz ou restaurant Die Kuh die lacht (Gesundheit!).


On a cueillie des quetsches et bu du thé vert dans un théière au fond vert pomme. Mon destin m'a repris par la main. On a vu un mur d'escalade sur le ravalement d'une façade, du lierre obèse gobant une maison, et bien des choses qui malheureusement ne peuvent ici rendre tout leur effet. Feu le quartier!

vendredi 29 juillet 2011

von dem her @Freiburg

Je suis arrivée, c'était vendredi, le temps était mouillé, les vitres du train aussi. Le ciel encore gris arc-boutait un somptueux arc-en-ciel, cloche céleste recouvrant l'entièreté de la ville endormie. Le silence, lorsqu'il s'arrêtait pour ne pas s'entendre lui-même, dans le ciel était absolu. On m'attendait.



Boss Barnie
Il paraissaît que toutes les directions fûrent possibles, s'il fallait en choisir une, ce sera celle-ci. Ce soupçon d'absurdité lassait présager ce qui m'attendait à l'arrivée. Un chat dénommé Barnie, dont l'immanquable destinée se poursuivait à la cave, tant et si bien qu'à peine la porte entrouverte notre félidé se ruait tout droit vers l'appel de celle-ci. Et c'était la première fois que je voyais un chat TOCqué.


Il y eu alors cette discussion tragi-comique sur l'entendement humain, la conscience de soi et de son environnement, des degrés d'autisme plus ou moins sévères. Alors pourquoi ne pas supposer une forme d'intelligence orientée pour ne pas dire braquée, figée en une direction privilégiée de telle sorte qu'une infime partie de l'environnement sociale lui serait accessible, et l'immensité du reste, un monde étranger et impénétrable, conceptuellement intangible à l'être handicapé. Mais par contre, l'avancement dans cette direction serait tel que, dans ce sens, certaines choses s'ouvriraient  de manière beaucoup plus approfondies, et constituerait son monde, à lui.


On s'est dit que pour les chats, ça pourrait bien être pareil, que sa pensée pourrait être une sorte d'autisme très avancé. (chose qui arrive souvent, de projeter un phénomène, comportement ou qualité, sur le premier venu qui se trouve être devant vous, de lui attribuer tout, tel un exemple mentale, si bien qu'à la fin, il vous paraisse comme la stricte incarnation de ce qui vous a été exposé. Le pauvre, vous lui avait placardé une bizarrerie qui ne lui appartient pas. Trop tard, il sera votre stigmatisable). Et notre Barnie qui n'avait rien demander. 


Il faut maintenant parler du marché, coloré, des ces mirabelles et Renekloden, minigurken non acidifiés au goût beaucoup plus prononcé, de ses gâteaux en bocaux, des fruits pressés (très), et bien sûr de ces Wunderkugeln. Arrêtons nous un temps sur ces dernières. Boules de fruits séchés compressés, parfois salées, souvent sucrées, aux mille épices ou nappifiées de noix quand ce n'est pas de chocolat. Le vendeur a trouvé un accent bavarois dans le son de ma voix. Où est l'erreur? Leur magie aurait elle déjà opérée? (j'en avais avalé une avant de parler).



Arbre déraciné s'enracinant par côté
grande première: un arbre horizontal
Le chemin se poursuivit au cimétière, dans le Alten Friedhof. Stèles parsemées aux écritures doucement effacées, anonymes les gisants ne seront plus jamais appelés, abandonnés à leur sort leur putréfaction devient commune, de leur semaille le sol sera nourri et les racines des arbres s'en trouveront grandies. Arbres enracinés, parfois dans des positions inédites, regorgent de vie. Cette incroyable faculté de reprendre vie au contact de la terre nourricière, nourrie de ses cadavres à la chair agonisante, par le tron, de côté, des racines sortent et les bourgeons fleurrissent déjà.



Le souci de la vie viendra ainsi de la mort - la vie n'est elle pas "principalement une oxydation de l'albumine des cellules?" Oui, car "vivre c'est mourir, il n'y a rien à enjoliver là dedans. Une destruction organique, comme je ne sais quel français, en sa légèreté innée, a autrefois appelé la vie". (La Montagne Magique, Thomas Mann)






Bouture à la fois fascinante et grotesque
D'où le concept, bien allemand, du FriedWald: le geste vital post mortem de participer à la croissance d'un arbre, de se savoir utile en son trépas (sans rire, un corps putréfié dans un cercueil sellé, quelle triste finalité! Quelle abomination  que de se savoir inutile au futur, même mort!).
J'ai alors décidé que moi aussi, je saupoudrerai un arbre de mes cendres, "cette partie impérissable du défunt",  pour être certaine d'avoir accompli au moins une chose véritablement fructueuse au cours de mon existence. Letzte Ruhe an den Wurzeln eines Baumes. 



Pour finir, il aurait fallu se rassasier. Le choix aurait pu être le 'Dinner In The Dark' de Freiburg. Entièrement conçu par des aveugles, le dîner y est fait également à l'aveugle, dégusté dans l'obscurité noir d'une mise en scène crimi dark. Qui osera utiliser son couteau pour couper sa tranche de gigot? Dommage, on avait pas réservé.



Enfin, puisqu'il faut bien conclure, j'ai repris le train, le long de la vallée du Rhin. Un train magique qui réduisait le vieillissement du temps: une transition dans l'espace, un no man land, une fuite hors de l'espace temps.

jeudi 28 juillet 2011

Floor of the forest @Düsseldorf

J'étais partie sans but aucun. Enfin si, un seul et unique dessin, d'aller voir cette fameuse adaptation de Martin Schläpfer, ein deutsches Requiem. Je m'étais dit, pour le reste, laissons l'affaire au sort, laissons le se débrouiller seul. Et finalement, son rôle a été plus qu'admirablement rempli: ce qui était n'a pas eu lieu et ce qui sera était follement mieux.
Telle une feuille a la surface de l'eau, j'ai vogué de par la ville libérée du poids d'une conscience plannifiée.


Je suis descendue un peu perdue, il me fallait un plan. Il y avait des fontaines argentées à la sortie, une horloge endormie et le ciel gris. J'ai pris à gauche avec le sentiment que de tout façon le soleil était absent.



caniche blanc toiletté "à la lion"
Il s'est mis à pleuvoir, j'ai failli rentrer en collision avec un caniche blanc toiletté "à la lion".  Le regard noir de son maître me foudroya et je me suis dit alors, Edward je voudrais là maintenant avoir tes mains d'argent! Je te l'aurais toiletté ton caniche!


Une marche longue jusqu'au centre: j'ai trouvé la ville disgracieuse, hostille, aussi triste que le ciel au dessus de ma tête. Enfin arrivée, on défilait tambourinant et trompettant à tue tête, à pied ou à cheval, laissant des traces aux douteuses odorités sur le dallage du centre maculé. Cette parade me conduisit inconsciemment vers la grande fête de la France.  En un instant, j'étais de nouveau à Rennes, sur le marché du samedi matin, une odeur de galette-saucisse planait, piégée par les nuages bas dans le ciel. Galettes-saucisses, fromages en tout genre, saucissons-vin, herbes de provences, macarons-éclairs, plus que la France, on y trouvait même de l'absinthe! Je me suis achetée un Sagan pour un euro, parce que j'avais envie, genre de faire oui, moi, je lis le français couramment dans le texte. Les irréductibles avaient toutefois de quoi ses sustenter: la traditionnelle curry-wurst et l'indécrotable bretzel avait une place, certes une peu recluse, mais bien présent tout de même. La France ok, mais pas de Volkfest sans ses inconditionnels! J'ai alors pensé que le steak aux herbes de provence certie d'un brotchen était le meilleur compromis.



Floor of the Forest - Trisha Brown
Ecoeurée par la foule et l'odeur de la France un peu trop forte aux abords du Rhin, je me suis dirigée vers le quatier des Kunsthallen. Jour de performance, l'inauguration de l'exposition Move.  Des danseurs sortent de vêtements, y rentrent, s'y callent quand ils ne s'y coincent pas. Prennent des postures empruntées à la danse contemporains tout en jouant, horizontalement  à dés-habiller leur corps. Inhabituelle élévation esthétique de cette pratique quotidienne. Alors cette phrase, slogan d'une marque bien connue m'est revenue "A quoi ça sert d'avoir des vêtements si on peut rien faire dedans... " C'était ça, faire dans des vêtements, danser "dans" des vêtements.



A l'entrée, scéance de hula hoop improvisée, chacun y donnait de son ventre, à coup de hanche et de balancement de tête, en avant en arrière, hop.



The fact of Matter - William Forsythe



La traversée du hall se faisait via des anneaux suspendus, où la pesanteur ne nous aura jamais paru si éprouvante: que le corps est lourd, ce qu'il faut faire d'effort pour le supporter, pour l'orienter sans qu'il se laisse aller. Le mouvement gêné par son propre moteur, la conscience doit sans cesse l'empêcher de s'égarer.










Green Light Corridor - Bruce Nauman



Il n'y avait plus qu'à s'évader dans le vert pomme néon du couloir étriquée qui s'offrait à vous au milieu de l'exposition. Submergé par cette couleur, le déplacement ne pouvait se faire que de côté. La peur du vert pomme, la première fois que je la ressentais. Un trou vert néon, le néant.





Du coup, je ne suis pas allée à l'oper, tout façon, il n'y avait plus aucune place: une vieille morue était placé à l'entrée prête à vous sauter dessus si le mot place vous échappait. Il fallait mieux rester sur ces arrières, au risque de se faire étrangler par ces longs doigts de sorcières.


A la gare, mon envie de verte pomme a resurgit. Je me allais m'acheter une fleur de douche massante de la dite couleur. Rassurer le fond de son soi-même, dans la couleur de son fati erratum. "Le hasard a des intuitions qu'il ne faut pas prendre pour des coïncidences". Chris Marker, c'est vous qui l'avait dit, bien avant moi.

lundi 27 juin 2011

in der Früh @Munich

Je pensais m'être acclimatée, des choses simples de la vie, m'en orienter enfin ici. Trouver à la ville un jolie coeur, des allées chatoyantes, des éclairages intéressants, quelques singularités lui donnant un caractère certain, un atout sur ces paires, un attachement particulié de moi à elle. Et j'allais commencer à l'aimer, au delà de ce que j'avais de penchant pour Munich, du moins, d'un attrait l'égalant.
Sauf qu'il n'en fût rien. Ce court séjour aura remis les choses dans l'ordre de leur effectivité. Munich, aucune ville pour le moment ne peut te dépasser, tu m'as séduite en un temps que ces quelques jours m'ont remémoré, pour ne plus jamais oublié.


Car oui, j'avais oublié.


Oublié comme il était plaisant de trouver au bout d'une rue, sous une arcade marchande ou de côté dans un coin de rue commerçante un musicien, même plusieurs s'adonnant à leur passion, avec des instruments tout aussi classiques qu'exotiques dont les mélodies sont familières cependant que leur nom se dérobe à votre esprit. Sur fond de connu un inconnu persiste, une chose sue mais enfouie au fond de votre mémoire. Et son air trotte dans votre tête.


Oublié la présence indolente des baraques à fruit dans le dédalle du centre ville, qui offrent leurs fraîcheurs de saison, devançant vos envies, et toujours succulantes.


Oublié combien ces cinémas étaient théâtralement nichés, aux employés dell'arte, à la thématique tragique, à la sensibilité ex temporis.

Oublié ces locals aux charmes spécifiques, de la sconery britische fleur de lotus, à la littéraire maison salon de thé dont le trübe Apfelschorle et l'Elsässere Käsekuchen ont fait la renommée, au marchand de glace italienne réformée "des meilleurs du monde", au Schall and Rauch petit buffet pignon sur rue, à la haute Glockenspiel.


Oublié ces magasins tout en un qui vous permettent d'en faire 10 en 1. La mode de Paris récoltée pour vos ici, die Crème de la Crème (terme allemand!) qui offre un choix certes restreint mais réfléchi des DO hipster du moment sans devoir vadrouiller dans Paris en son long, son large et son travers (héhé) .


Oublié son oper open étudiant freundlich qui vous permet d'assister à hauteur d'une place de cinéma UGC à une splendide représentation dans un décor raffiné.


Oublié la charge artistique, un tout éclectique intemporel dans ces formes, toujours exceptionnel pour le fond.


Oublié l'écrasante immensité des colossaux bâtiments s'imposant de toute leur superbe, vous soumettant de leur regard méprisant. Et cependant d'une familiarité déconcertante. Rassurant, ce sont de grosses bêtètes pas bien méchantes.

Munich, je ne te connaissais pas
pas comme ça!


Et ce chien qui tient sa laisse (rose) lui-même.
Et cette poubelle débourdante de pelures de bananes (quelle tâche dans la rue proprète!).
Et ce porte-feuille (acheté) en peau d'anguille.
De nouveaux trésors encore et encore, d'une ville aux milles visages, à la hauteur des grandes capitales, tout en restant accessible à l'être bipède.





(sûrement, je me trompe. Quelqu'un d'extérieur (du, Externe ;-)), n'en percevrait rien. C'est un temps que j'aimais, un temps avec des gens que j'appréciais. Maintenant, c'est un grand tout éparpillé, un plus jamais)

mercredi 15 juin 2011

@innovation point, Waschcafé

Un piano sans queue supporte un chandelier sans bougie. Un palmier lui tient compagnie: car secrètement il voudrait l'embrasser (humiliante inclinaison, il m'a lui-même susurré l'espoir que sa pensée soit un jour devinée).
Cette nature morte limogée résume à merveille l'ambiancement de ce local piano-bar-machine à laver.

Laver parce que laverie à 5 machines. Identiques, germaniquement alignées sur un piédestal, leur tambour tourne et ronronne: une impression d'envol réprimé. Impétueuses, elles brouillent la perception du temps dévoré par un cycle perpétuellement renouvellé: cliquetis d'ouverture et de fermeture des portes, le frottement des grains de lessive qui s'écoulent les uns sur les autres, les balancements des tambours, des froissements de linge.


 Kolja Jaschke
le doigté nébuleux
de Kolja Jaschke
Une se tient cependant à l'écart, elle est grosse et noir. Et de loin la préférée des clients les plus discrets. Elle porte silencieusement et méticuleusement la tâche qu'on lui a confié.
Au pragmatique s'ajoutant l'artistique, une mélange chaotique d'art au doigté nébuleux, de linges à laver-lavés/à repasser-repassés, et de tuyauteries dégradés, d'un rouille bleuté tendrement feutré. Dans l'arrière boutique, la photocopieuse reste sur ces gardes au milieu de cet amas hétéroclite en tout point boltanskien. Les machines tiennent à l'écart les mauvais esprits qui voudraient la recharger en papier: elle demeure ainsi inoccupée.

Kolja Jaschke


Bar parce que tables et chaises de bois, poufs et fauteuils, plaides à la désinvolte nonchalance. Quand il est là, le capitonnage est panthère. Une panthère bien féline qui se cache parmi les cousins quand elle ne revêt pas le comptoir du bar ou son soubassement. On la traque entre deux tasses de café.
Les mugs sont divers et variés, brillent de leur unicité esseulée. La bouilloire-filtre à l'ancienne dégage la caractéristique vapeur de lixivat de café qui envahit la salle de toute son odorité: café lié-joie dont l'exaltation s'ébruite parmi couverts. On les entend avec confusion entre les scintillements des gouttes de pluies se dispersant sur la gouttière en zinc, de la porte d'entrée entrouverte.

Piano parce que pianiste. Fracassantes les notes tombent, s'infiltrent entre le ronronnement des tambours des machines. Dehors, la pluie et le bruit du tonnerre viennent s'associer aux forces des accords pour faire chuter de concert la chaleur accablante et le morfond ennuie.
Le pianiste, quand lassé de jouer, s'adonne à de curieux exercices. Il siffle pour imiter le chant des oiseaux. Deux Gummibärchen géants surplombant les machines à laver surveillent ce jeux effrayant de vieux grincheux qui fait peur aux enfants.


Ici le temps n'est plus perceptible, se dilate et se contracte tel un fluide viscoélastique soumis à des variations d'humeur. Il se présente dans toute sa nudité, nudité impossible à mesurer: anarchiste il évolue contre tout gré.
Ce qui fût le temps d'un orage, d'une lessive (avec du Grüner Strom^^) et d'un thé .

samedi 4 juin 2011

"ich bin klein, ich bin süß, ich bin niedlich, ich bin ein klein süß niedliches Dinge" @Wuppertal

Wuppertal. Je me devais d'y aller.Forcement. Parce que plusieurs choses (c'est d'ailleurs assez surprenant de voir ainsi s'accumuler les situations, petit peu par petit peu, au grès du hasard ou par quelque volonté inconsciente, pour nous transposer délicatement à destination) :

- Déjà, c'est la ville de Pina. Pina Bausch, la chorégraphe allemande par excellence, dont le travail artistique de mise en scène est incomparable. De l'expression à danser ou l'esthétisation du quotidien, tel pourrait être la définition de ce mot inexistant en français: le Theatertanz. Tout simplement conçu pour ces créations, il ne désigne ni théâtre ni danse mais de quelques formes qui se trouvent entre les deux, un savant mélange de grâce et d'action pour une réflexion sur la forme du fond. Donc, pour l'occasion (s'il en fallait une) je suis allée voir "Two cigarettes in the dark". Car, s'il y une chose qui a influencé le travail de Pina, c'est bien sa ville, Wuppertal. Et pour pouvoir la "spuren" et la "spüren" dans toute sa complexité, rien de tel qu'un petit bouillon pré-incantatoire. O pour une surprise, s'en fût une: un dépassement de la danse encore plus prononcé que ce que j'avais pu voir jusqu'à présent ("le sacre du printemps" et "Cadé Müller" ndlr). Une pièce totalement hilarante, loufoque, souvent grotesque, voir ubuesque. Elle se moque, oui toutes les névroses, tiques et traits d'humeur sont là, grossis, ridicules, se succédant sans rapport aucun, ce qui nous plongent au milieu d'un jeux à la plus absurde issue, puisqu'il n'y en a pas. La folie des hommes se joue devant nous. Pleine de cynique noirceur, Pina déesse de la clairvoyance, tu nous livres l'abominable spectacle du pauvre état de la condition humaine, esthétisé! Trois heures durant, mais jamais trois heures n'auront jamais passé si vite, n'auront été si drôles, ne nous auront tant interpelé. Le tout, articulé avec tes gestes, Pina, si précis, si intenses, si gracieux, un langage qui vaut à lui seul toute l'esthétique de l'art rhétorique. Ce n'était qu'un ainsi..
_ C'est LE lieu de prédilection de Wim wenders, notamment pour le tournage de son film Alice in den Städten (outre Pina, le film, évidemment!). Alice, abandonnée par sa mère cherche à travers Wuppertal la maison de sa grand-mère, avec un étranger aussi perdu qu'elle. Cette grand-mère n'a ni nom, ni adresse, ni visage. Il faudra la deviner. Ou plutôt deviner l'emplacement de sa maison. Wim Wenders dessine ici la ville dans son incroyable monotonie, mais jamais dans sa globalité, toujours par fragments, juste assez pour donner envie... le paysage de la Ruhr s'offre à nous. Longues seront les virées sillonnant cette ville, une errance sans but car cette grand-mère, en fin de compte, n'y aura jamais vécu..
Il faut préciser qu'Alice, notre héroïne, parle avec le plus bel accent du monde: l'accent allemand. Vous me direz, c'est bien normal, c'est un film allemand! Mais là, c'est autre chose, une façon d'accentuer les phrases, toujours au bon moment, d'une voix un peu trainante, qui rebondit. Une texture qui ne se rencontre que très rarement.

pendelnde Schwebebahn
_ Le Schwebebahn, monorail qui arpente la ville en suivant le lit de la rivière Wupper. Paticularité: il pend, littéralement. Étrange que cette sensation de flotter tout en étant suspendu, car oui, il ballote dans les airs, il y a même cet écriteau au dessus des portes qui vous prévient au moment de sortir: "Vorsicht bei der Abfahrt, die Bahn pendelt".
Un bateau volant, encore mieux qu'à Disney car ici c'est pour de vrai. Je me suis alors dit que vraiment, pour un conducteur de métro, finir sa carrière en conduisant le Schweby, c'était trop la classe. On pourrait rester dedans à faire des allers retours, car en même tant que de sillonner la ville, il nous la montre. Riches sont les abords de la Wupper, pure architecture de la ruhr. A chaque nouveau passage, un autre détail: les tours des anciennes manufactures textiles émergent une à une, les maisons des quartiers ouvriers alignées se détachent, l'architecture du 18ième de son Langericht se dessine, du 17ième de ses églises se précise, les tuyauteries de ces grands fours que sont les actuelles industries nous encerclent, les jardinets à même la Wupper se démasquent, et des pingouins perchés sur les toits becs tournés vers le ciel vous saluent. (oui, j'avoue, je me suis un peu perdue aussi). Tuffi, car il faut en parler, y a fait également sa légende. L'éléphant du cirque Althoff, qui jadis (en 1950 pour être plus précise), fût embarqué de force par son propriétaire pour faire un tour de propagande (c'est quand même mieux que la vulgaire voiture à haut-parleur). Effrayé par ce mouvement en hauteur, il sauta par la porte à la première station venue et plongea la trompe la première dans la rivière, profond de seulement 50 cm, aïe! Heureusement il s'en tirera avec juste un bobo au popo. Mais quelle idée, un éléphant! La prochain fois j'apporterai mon Pagou! McDaniel, totalement fasciné par l'évènement, lui dédira même une chanson. Près de Adlerbrücke, à bien faire attention, on verra Tuffi nous invitant à le rejoindre, dans la Wupper!

_ Son hôtel Amical, parfumé aux muffins vanille-amande-abricot (sisisi). C'est bien simple: ils sont partout. Sur la table, dans l'armoire, sous la chaise, dans la douche. Tous accessibles et comestibles! Miam, la chambre fût donc à croquer. En plus, elle était "by flowers" (rouge, blanche, coquelicots). Si c'est sur über tout ça!

Il ne vous reste plus qu'à y courir, bien vite!

dimanche 8 mai 2011

Moin moin @Bonn

Il est grand temps de faire part de mes premières impressions, comme toujours pour chaque nouvelle ville que j'aborde, j'aime partager sa globale Stimmung.


Bonn, c'est la ville:

- des vendeurs de sommeils. J'ai pas compté le nombre de boutiques de Matrazen que cette ville possède, mais à la dérobée dans la rue quand on s'y attend le moins ou que l'on cherche attentivement quelque chose de tout à fait spécial, voici le matelas de vos rêves ou la chambre idéale pour copuler apparaît sous vos yeux. Non mais sans rire, c'est pas le moment! Du coup, tu te commence à te sentir d'humeur malsaine, au bord de la défaillance, et tu ne peux continuer ce que justement tu étais en train de chercher et que tu viens d'oublier. Une ville intentionnellement soporifique ..

- au Zentrum labyrinthe au moult et une places: impossible de s'y retrouver, autant dire qu'il faut y aller au pif avec la fiabilité du soleil pour seul repère: dans tous les cas, tu déboucheras sur une place sans pour autant pouvoir dire une fois dans ta vie: j'ai réussi à finir un labyrinthe! Car ce labyrinthe est sans issu.
C'est là un centre dans toute son absurdité.


- à la rue café-chocolat-café-thé, pour les desséchés du gosier mais plutôt dans le genre raffiné: c'est la rue la plus BCBG du quatier (en plus d'être celle de Friedriech <3)

- des clubs réunion tupperwer en sortie organisée: cars entiers de femmes au foyer en chemisettes à fleur qui encombrent de leur pas lents les rues dallées du centre ville. A se demander où a bien pu passer leur Mann, pas encore assez vieilles pour celui-ci soit mort, peut-être un ensemble de divorcés ou de catherinettes jamais mariées? Vielles morues.

- colorée. Si vous cherchez le beau blond arien, ce n'est pas ici que vous trouverez, il y règne plutôt un agréable melting pot comme ceux que l'on trouve aux USA toutefois d'apparence plus chip.
Une ville très mélange des genres cloisonnés donc.


- des Bahns transformistes: tu entres dans une gare de U-Bahns pour, bien sûr, prendre un S-Bahn qui, en l'espace de 2/3 arrêts, se transformera, évidement, en StraBenbahn. Logique. Le voilà tout frétillant qui déambule au milieu de la rue sans égard ni manière, quel culot! Que dirait on si je me transformais subitement en chien puis en pigeon? Et sans parler des numéros qui partent dans tous les sens (du 18 au 63 sans crier gare). Sûrement des résurgences tanukiennes.
Notons cependant un point qui m'a affreusement affligé: l'absence totale de "bitte zurück bleiben" mais pas un petit "zurück bleiben bitte", rien!!

- des péniches aux longueurs indéterminées, que l'on peut regarder une heure durant passer sous l'unique pont de la ville (c'est très drôle quand un bout sort et l'autre pas encore, on dirait qu'elles cherchent à s'abriter sans jamais le pouvoir). Et on se demande alors comme c'est encore possible que cela soit rentable ces machins là, à l'heure de la grande vitesse et du web2.0?
N'empêche, elles sont trop chupsies!
Transports soniques et toniques.


- du Beul-Viertel : le quariter undergrund avec sa Brotfabrik, une fabrique de pain magique, qui peut donner du cinéma, de la danse, du théatre, toutes sortes d'art, y a même un kneipe qui en est ressortie (sans doute après la fin du rationnement en Hefen), son Charreau: le bar à vins français, tenu par des français, avec de soirées œnologiques plein de nez français: le repère, son Momo bioladen (cachée, Cassiopeia t'y attendra)

- au Rex-Theater: un cinéma-théâtre comme on en trouve qu'en Allemagne, avec son rideau disco qui n'arrête pas de scintiller à vous en agresser l'œil, sa musique d'ambiance jazzy-pop et ses films d'art et d'essai allemands, uniquement allemands.


- aux essentiels toujours présents avec son centre propret aux façades gominées, ses boules de graines dénommées brötchen, ses spargel par milliers(outre rhin on ne fait rien sans elles), ces fameuses boutiques café-prêt-à-porter féminin-bricolage du dimanche Tchibo et tant d'autres choses encore qui font vous le savez bien de l'Allemagne un pays pas comme les autres.



hum, j'ai l'impression d'avoir décri un gros Gloubi-boulga fort indigeste. Je dois pas être encore tout à fait acclimatée.

mercredi 4 mai 2011

cas d'oignons

"_ [...] Vois tu, on a des battements de coeur lorsqu'on est à la veille d'une joie particulière, ou au contraire lorsqu'on redoute quelque chose, bref lorsqu'on a des sentiments agités, n'est ce pas? Mais lorsque le coeur bat de lui-même, pour ainsi dire sans rime ni raison, et comme de son propre chef, je trouve cela étrangement inquiétant, tu m'entends bien, c'est à peu près comme si le corps allait son propre chemin et n'avait plus aucun rapport avec l'âme, en quelque sorte comme un corps mort qui, en fait, ne serait pas précisément mort - cela n'existe pas - mais qui mène au contraire une existence tout à fait active et indépendante: il lui pousse des cheveux et des ongles, et à toutes sortes d'égard encore, physiquement et chimiquement, il y règne en somme, autant que je me suis laissé dire, une activité tout à fait joyeuse...
_ Qu'est ce que c'est que ces expressions? dit Joachim avec un accent de blâme réfléchi. Une activité joyeuse?"
" Mais c'est ainsi! C'est une activité très mouvementée. Pourquoi donc cela te choque-t-il? demanda Hans Castorp. D'ailleurs, je ne signalais cela qu'en passant. Je ne voulais pas dire autre chose que ceci: comme c'est inquiétant et pénible que le corps vive et se donne de l'importance, de son propre mouvement et sans rapport avec l'âme, ainsi c'est le cas pour ces battements de coeur sans motif. On est amené à leur chercher un sens, un état d'âme qui leur corresponde, une joie ou une peur qui les légitimerait en quelque sorte - du moins c'est ce qui m'arrive, je ne puis parler que de moi."

La Montagne magique, Thomas Mann